Le mot « anticipation » vient du latin anticipatio (an-ti-ci-pa-tsi-o), qui signifie « prendre les devants », « concevoir à l’avance ». Anticiper, ce n’est pas prédire l’avenir avec certitude ; c’est se préparer à plusieurs futurs possibles afin d’être en capacité d’agir avec lucidité lorsque survient l’événement.
Dans un contexte souvent marqué par les incertitudes et les transformations rapides, cette capacité à anticiper doit aussi nous permettre de rester optimistes. Car préparer l’avenir, c’est déjà se donner les moyens d’agir sur lui plutôt que de le subir.
Cette exigence d’anticipation est au cœur de l’actualité de notre École cette semaine. Nous accueillons ce soir une conférence de Serge Zaka, dont les travaux sur les conséquences du changement climatique et l’évolution des risques viennent directement interroger nos modèles de préparation et d’intervention. L’évolution des phénomènes météorologiques extrêmes, la multiplication des vulnérabilités ou encore les impacts sur les territoires nous imposent collectivement de penser différemment l’action publique et les secours de demain.
Cette réflexion trouve également un écho particulier dans les travaux conduits par plusieurs capitaines en formation autour de l’évolution du métier d’officier à l’horizon 2035-2050. Imaginer les compétences dont nos organisations auront besoin demain, réfléchir aux transformations du commandement, à l’impact des technologies ou encore aux nouvelles attentes sociétales, c’est déjà préparer l’avenir.
Elle prendra aussi une dimension très concrète cette semaine avec la formation des élèves-colonels à la gestion de crise internationale. L’anticipation s’exprime aussi dans des dimensions très concrètes de la vie de notre établissement. Depuis plusieurs semaines déjà, nous réparons la cérémonie de baptême du 4 juin prochain, nous nous préparons aussi à défiler le 14 juillet à l’occasion de la fête nationale. Derrière la solennité de ces événements se trouvent de nombreuses heures de préparation, de répétition et de coordination. Là encore, rien n’est laissé au hasard : l’anticipation est la condition de la précision collective et de la réussite. Cette logique guide également la préparation de notre programmation pédagogique 2027, engagée cette année encore plus tôt. Cette anticipation doit nous permettre d’adapter au mieux notre offre de formation aux besoins opérationnels des services d’incendie et de secours, tout en tenant compte des capacités de formation de notre établissement dans un contexte de fortes contraintes budgétaires.
Dans nos institutions, dans nos métiers, subir l’événement est rarement une option. Nous devons donc rester capables d’évoluer face aux transformations rapides de nos environnements, qu’elles soient climatiques, technologiques, géopolitiques ou sociétales.
L’anticipation relève donc de notre responsabilité. Anticiper, c’est analyser les risques, préparer les moyens, se former et s’entraîner. C’est aussi savoir détecter les signaux faibles avant qu’ils ne deviennent des crises majeures. L’anticipation est également une qualité nécessaire au cadre, qui lui permet de prendre du recul, d’accepter l’incertitude et le changement. Un officier ne commande pas uniquement pour le présent. Il lui appartient d’avoir une vision lucide des défis à venir.