Mesdames et Messieurs les officiers, sous-officiers, stagiaires,

Mesdames et Messieurs les personnels de l'École,

Mon colonel, cher Clément,

Il est des cérémonies des couleurs qui ressemblent à toutes les autres. Celle de ce matin n'en fait pas partie.

Ce matin, nous saluons le drapeau comme chaque semaine. Mais nous saluons aussi un homme qui, pendant un an et demi, a servi cette École avec une constance, une exigence et une humanité que chacun ici a pu mesurer. Le colonel hors classe Clément Préault nous quitte pour rejoindre Nouméa, où il prendra les fonctions de directeur général des services de la ville. Une nouvelle page, à l'autre bout du monde, au service d'un territoire qui lui est cher et de ses habitants.

Permettez-moi, avant qu'il ne parte, de vous dire ce que cet homme représente, pour l'École et pour moi.

L'amitié, d'abord

Clément et moi nous sommes connus lors de la première formation d'élève colonel. Il revenait déjà de Nouvelle-Calédonie. Son esprit d'analyse et son ouverture m'ont tout de suite interpellé, et nous avions déjà, à l'époque, de nombreux échanges. Avec nos amis Arnaud et Christophe, nous avons partagé de nombreux moments de camaraderie, sans savoir ce qui nous attendait, mais sûrs d'une chose : l'avenir était à nous. Il y a des rencontres que l'on oublie à la sortie d'une formation. Et il y en a d'autres qui durent. La nôtre a duré.

Montaigne, parlant de son ami La Boétie, a eu ces mots que tout le monde connaît : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi. » Il n'y a pas toujours d'explication à l'amitié. Il y a simplement une évidence, qui résiste au temps, aux mutations et aux kilomètres.

L'amitié professionnelle, ensuite

Lorsque Clément m'a rejoint ici, il y a dix-huit mois, je me suis demandé si l'amitié était compatible avec la hiérarchie. Je veux vous dire ce matin qu'elle en est même une force, à une condition : qu'elle repose sur la franchise. L'amitié professionnelle, ce n'est pas la complaisance. C'est la capacité à se dire les choses, y compris celles qui dérangent. C'est la certitude que l'autre vous dira la vérité, en tête-à-tête, avant que la réalité ne vous la dise plus brutalement. Clément a toujours eu ce courage-là.

La loyauté

La loyauté est une valeur que nous enseignons ici, à vous, stagiaires, officiers, chefs de centre, chefs de service, chefs de nos services d'incendie et de secours. On la confond parfois avec l'obéissance. Elle est bien plus que cela. Être loyal, c'est débattre librement avant la décision, puis la porter comme si c'était la sienne une fois qu'elle est prise. C'est ne jamais laisser un écart entre ce que l'on dit au chef et ce que l'on dit de lui. Clément a incarné cette loyauté sans faille, envers moi, mais aussi envers l'École, ses personnels et ses stagiaires.

Le rôle de l'adjoint

Et je veux mettre en avant une fonction essentielle : celle d'adjoint.

L'adjoint, c'est celui que l'on voit peu sur la photo, mais sans qui la photo n'existerait pas. C'est celui qui tient la maison quand le directeur est en déplacement, en représentation, en négociation. C'est celui qui absorbe les difficultés du quotidien pour que le chef puisse regarder plus loin. C'est celui qui prépare, qui arbitre, qui rassure, qui tranche parfois.

Je le dis simplement : si j'ai pu exercer pleinement mes fonctions de directeur, c'est parce que Clément exerçait pleinement les siennes. Un chef ne peut être chef que s'il peut compter, à ses côtés, sur quelqu'un en qui il a une confiance absolue. Cette confiance, Clément, tu me l'as donnée chaque jour.

Officiers qui m'écoutez ce matin, retenez ceci : vous serez un jour chefs, et vous serez aussi, souvent, adjoints. Ne voyez jamais cette fonction comme une étape d'attente. C'est une fonction de commandement à part entière, et l'une des plus exigeantes qui soient.

Le directeur des études

À ces fonctions de directeur adjoint, Clément ajoutait celles de directeur des études. Et sur ce terrain aussi, il a été un bâtisseur.

Il a conduit de nombreux chantiers pour rationaliser notre offre de formation. Il a construit et déployé la nouvelle formation des élèves colonels : une formation que nous avions, lui et moi, vécue ensemble comme élèves, et dont il savait mieux que quiconque ce qu'elle devait devenir. Il a revu les modalités d'évaluation de nos actions de formation. Et surtout, il a voulu des formations plus adaptées, plus proches des attendus du terrain, au service de ceux qui, demain, commanderont nos sapeurs-pompiers.

Ces actions, et bien d'autres encore, portent sa marque. Elles resteront dans cette maison bien après son départ, et c'est sans doute la plus belle reconnaissance qui soit pour un directeur des études.

Pour conclure

Cher Clément, Nouméa gagne un directeur général des services d'une grande valeur. L'École perd un pilier. Et moi, je perds un adjoint, mais certainement pas un ami.

Au nom de l'ENSOSP, de ses personnels et de ses stagiaires, je te remercie pour tout ce que tu as donné à cette maison. Nous te souhaitons, ainsi qu'à ton épouse et tes enfants, la plus belle des réussites dans ce nouveau défi.

Bon vent, mon colonel. Et à bientôt, mon ami.